Vous voilà invités à parcourir l’itinéraire d’une promenade imaginaire retraçant au fil du temps la vie de notre Herboristerie sous la plume libre de son fondateur Christophe Perret-Gentil. 

 

13. ETRE

Cela faisait un moment que la futaie s’était refermée sur moi.

Les denses fourrés laissaient à peine passage à une sente précaire

Réduite parfois à une étroite bordure entre ornières et vasières.

La pénombre grandissante me fit bientôt perdre toute notion du temps.

Je fus d’autant plus étonné de déboucher sur une clairière circulaire

Que rien ne laissait présager en ces lieux perdus.

L’herbe y était verdoyante, sans aucun arbuste pour troubler la vue.

Au centre trônait un Hêtre majestueux dressant sa ramure vers le ciel.

Dans ce qui restait de jour, je fus stupéfait de découvrir, adossée au tronc

Une silhouette humaine qui me fixait intensément du regard.

Je restai interdit, cloué sur place, incapable d’aucun mouvement.

Ce face à face irréel me sembla durer une éternité, sans que rien ne se passe.

Puis l’homme, se penchant légèrement, accrocha son sac, empoigna son bâton

Et s’avança d’un pas tranquille droit dans ma direction.

Vêtu de cuir, ses habits étaient râpés, élimés, faits pour résister aux intempéries

Traits burinés, barbe bien fournie, il tenait tout du braconnier ou du baroudeur.

Parvenu à ma hauteur, il se planta devant moi, avança une main cordiale

Et prononça ces simples mots : « lâche tes peurs ! ».

J’avais encore bien trop de choses dans la tête pour réagir

Tout en restant fasciné par la bienveillance de ses paroles.

Devant mon silence, il répéta simplement, d’une voix encore plus douce :

« Lâche tes peurs ; lâche tout !».

Aussitôt, un grand poids est tombé de mes épaules et j’ai recommencé à respirer.

Il ne faisait pour moi plus aucun doute que nos destinées s’étaient croisées ici.

Je n’allais pas tarder à l’apprendre, en allant de surprise en surprise.

En réalité, cette rencontre avait eu lieu plus de cinq cents ans auparavant !

La bataille avait fait rage alentours, les blessés agonisaient en nombre

Et nous étions parvenus à nous réfugier dans cette forêt.

Bien qu’ennemis, nous avions été recueillis et soignés par des habitants

Puis étions retournés chacun dans notre pays.

Je fus étonné de la précision de ces souvenirs remontant d’un si lointain passé

De la perception de sa propre existence et de tout ce qui l’entoure.

Depuis, la mémoire et la communication entre les arbres sont devenues pour moi

A la fois une incontournable réalité et un apprentissage de tous les jours.

L’enseignement de ces grands maîtres, inscrits dans la solidarité

Nous invite constamment à reconnaître la valeur et la portée de nos choix.

Comme s’ils nous engageaient à ne vivre plus qu’à partir de la seule confiance

Sans aucune sécurité quant à l’avenir de notre existence,

Puisque ce qui doit advenir advient, seule un peu de sérénité est nécessaire

Pour nous retrouver en accord avec nous-mêmes.

 

21 novembre 2019

 

12. EVEILLE-TOI A TA CONSCIENCE

A peine franchie la grille du château,

Me voilà plongé  dans un monde fastueux !

En maître des lieux, je déambule dans les parterres

Et les platebandes, sans que rien n’entrave mon pas.

Tout ici inspire la quiétude et la sérénité.

Et si l’exception confine à la règle, je veux bien m’égarer ici !

Me nourrir d’éloges, célébrer la création de toutes mes forces

En me réjouissant de témoigner de vos discrètes présences.

Vous qui avez lu dans les profondeurs de mes pensées,

La part de mystère qui en voilait la compréhension.

Sages de tous les temps, unissez-vous dans ma mémoire !

Réjouissez-vous de ce que vos lucides paroles aient survécu

Intactes, inaltérées, aux outrages du temps.

Que vos prophéties aient su se transmettre à travers les cultures

Sans ne rien perdre ni de leur véracité ni de leur profondeur.

Vous vous êtes demandé comment départager le mensonge de la vérité

Pourquoi les choses sont si compliquées et manquent de limpidité 

A quoi est dû ce grand désordre qui empêche la lumière de passer.

Vous êtes allés au bout de vos convictions

Pour que chacun puisse s’affranchir de sa confusion,

Et trouver ce qu’il cherche à l’intérieur de lui.

Tant il est vrai que découvrir, s’imprégner, rendre vivant

Ce qui confère à l’Homme sa dignité, sa noblesse et sa volonté

Le préserve de l’humiliation en le renforçant dans sa propre chair !

En dirigeant ta conscience vers ton Identité, en t’éveillant à elle

Dans l’impulsion foncière qui promeut ton Être à son existence

Tu sauras de celui-ci non seulement connaître son origine,

Mais aussi ce qui t’a dépêché du monde spirituel vers cette Terre.

Honneur à la justice, à la prime intelligence, à la solidarité

Qui ont choisi de se manifester à travers toi !

  

20 novembre 2019 – Parole de Romarin

   

11. UN MONDE A CRÉER

Je suis là, tel que tu me vois dans la force de mon dépouillement.

Ma silhouette prospère s’est organisée dans une variété imprévisible

D’embranchements qui enlacent l’espace sans jamais le dominer.

Ensembles, dans un élan commun, nous échangeons nos confidences.

Si mon noble maintien, ma vigueur et ma majesté t’impressionnent,

Que la générosité de la Nature devient palpable à ton cœur

C’est que ma présence t’offre les réponses à ta droiture

Et que tu reconnais en moi tout ce qui t’a fait grandir.

En passant ta main sur ma rugueuse écorce,

Tu reconnaîtras le contour des œuvres que tu as menées à bien

Celles qui t’ont fait croire à la grande aventure de la vie

Et aussi celles inachevées venues s’échouer dans des rêves lointains.

Tu y découvres le résultat de ton engagement, de tes efforts,

De ta persévérance et de ta détermination

Dans la pratique de ce métier qui a fait corps avec toi

Sans jamais te faire perdre courage ni baisser les bras.

Garde dans ton existence cette attitude rigoureuse et ferme

Car même au bout du monde, c’est toujours toi que tu rencontres.

Ne cherches donc plus à l’extérieur, dans de vains combats

Ce qui s’est perdu à l’intérieur de toi.

J’étais à tes côtés pour te guider dans tes choix

Quand ce sentiment de timidité infiltrait tes sens

Que la peur et les doute paralysaient tes actions

Que les reproches t’empêchaient de prendre les bonnes décisions.

Et maintenant que tu as su mettre à profit ton expérience

Avec toute la sagesse intégrée à tes actes

En acceptant que ce monde naissant a besoin de conseils et d’exemples

Tu te sentiras libre de ton bilan au moment de rendre les comptes.

Tout cela, je l’ai gardé dans ma grande mémoire pour témoigner en ta faveur

Auprès de ceux qui t’ont précédé et aussi de ceux qui viendront après toi.

Car saches que l’estime de toi et de l’univers ne peuvent se construire

Qu’à travers la valeur que tu sais donner à ta propre histoire de vie.

 

 

19 novembre 2019 - pour mon maître et ami Chêne

  

   

10. SANS QUE RIEN NE VOUS Y OBLIGE

Je suis parti à l’aurore, par un ciel pur et régénéré.

En marchant par monts et vaux, je reste fasciné

Par tous ces êtres qui ont passé la nuit dehors

Et qui se remettent à l’œuvre, sans aucune consigne

Avec pour seul guide la clarté du jour et ses senteurs

Et leur instinct dont nous ne savons rien

Sinon qu’il relève du plus épais des mystères

Ou de la plus pure des gratitudes.

Je me demande ce qui me relie à eux

À partir de ce qu’ils vivent, ressentent  et proposent

Cherchant par tous les moyens à combler ce vide

En aiguisant nos sentiments de nostalgie

Dans le sillage des souvenirs de temps heureux.

Quand je vois les esprits en quête de paix et de repos

Qui s’animent, se meuvent et se transforment

Sans que rien ne les oblige ni à dominer ni à plaire.

Quand parmi les humains distraits ou soucieux

L’un d’eux vient se présenter à la parole

Avec dans sa voix les accents sincères

D’un amour partagé

L’univers tout entier s’offre à nos aspirations,

Éclaire notre expérience, brille de toute sa signification

La manifestation visuelle de sa permanence,

Dans la troublante émergence de sa beauté.

Vous tous, à qui a été confié ce monde jusqu’aux nues,

Dans le merveilleux espoir de votre présence

C’est un bonheur de vous avoir à nos côtés !

 

18 novembre 2019  - L’Eloge du Papillon

 

   

9. L'ENCHANTEMENT DE T'ECOUTER

Il fait nuit noire. Un ciel d’encre.

Je suis sorti la rejoindre sans même m’habiller.

Le froid me glace. Je ne vois rien, je grelotte.

Mais c’est elle que je suis venu retrouver

Respirer l’air glacé. Remplir mes poumons

De cette immensité du ciel

C’est ce que je suis venu chercher ici.

Alors j’obéis à sa loi, je fais corps avec elle

Je me sais lui être redevable pour ce qu’elle m’inspire.

Pour la cause de la vie qui m’a été insufflée.

La pellicule de neige qui crisse sous mon pas

Me rappelle à moi, me rapproche de moi

Me fait battre ce cœur qui se réclame à son rythme

De ma présence.

Je vois tellement de choses curieuses

J’ai des visites nombreuses qui s’installent à mon chevet

En sursautant à chacun de mes mouvements.

Mais je sais que l’intuition est là,

Qu’elle a choisi ce lieu pour me trouver.

Et dans ce calme, c’est moi que je rencontre en premier.

C’est bien ce qu’elle voulait.

Faire disparaître tous les repères

Tout ce qui pouvait m’accrocher au familier,

À une aide quelconque, un réconfort

À un sourire même, ou une petite douceur.

Mais là, je n’ai droit à rien.

Uniquement à cette substance qui a forgé mon être,

Mon passé, mon devenir, cette peur d’être laissé pour compte

Sans que personne ne m’ait compris.

L’Eloge du sacré est vissé à ma chair

Il devait être de cette nature-là, le froid,

Sur les dalles des cloîtres.

Je tiendrai jusqu’à l’amorce du jour

Puis je me laisserai guider encore plus près d’elle,

J’entrerai sur la pointe des pieds, elle dormira encore.

Il me reste à compléter ce monde imaginaire qui m’a enfanté

Et dans lequel j’ai  trouvé la Grâce

Et tout sera bien !

 

17 novembre 2019, à Bernard de Clairvaux

 

 

 

8. DANS LE FEU DE L'ACTION

« Ne fais pas ça ! »

Sa voix, puissante, m’a tiré de ma léthargie.

Je me suis retourné. Il avançait à grands pas vers moi.

Sans reprendre son souffle, il poursuivit, d’une seule traite,

Comme pour exhorter dans la sève des mots

Leur pouvoir de prophétie:

« Tu lui diras que c'est fini, que ta souffrance est terminée

Que chacun de votre côté avez fait votre part du chemin

Et que là où vous vous êtes à nouveau rencontrés

Chacun a pu aller au bout de ce qu'il était possible de vivre.

C’était une illusion de penser que tu étais seul.

En réalité vous êtes ensemble, unis dans votre quête

À être arrivés aux frontières de vous-mêmes,

Dans cette partie inconnue de vous,

La plus belle, la plus lumineuse

Celle où la discorde n'existe plus.

Vous vous êtes crus indignes de cette transparence

Avez encore cherché à combattre votre culpabilité

À assumer le désordre de votre conscience

En  vous réfugiant dans vos zones d'ombres et de doute.

Je connais ta sincérité.

Tu as fait part de tes désirs, tes peurs et tes fragilités.

Tu as su mettre en pratique tes rêves et tes idéaux.

En restant fidèle à tes convictions.

Tiens bon ! N’abandonne pas la partie !

Etre parvenu à une Intersection de son Etre,

Une limite que tu n'avais jamais franchie jusqu'ici

A fait remonter ta colère. C’est normal.

Mais vous ne vous êtes pas livré la guerre pour autant.

L’inconnu est l’espoir de la chose impossible

Tu savais bien que l’imagination, quand elle touche le concret

Connait sa fin, et que la réalité est banale

En dehors du plaisir de la faire naître.

Maintenant que je suis revenu auprès de vous

Vous allez retrouver votre paix, attiser la flamme.

Vous êtes prêts à vous rencontrer à nouveau.

A chacun de vous de faire le premier pas.

L’œuvre est patiente ; elle part du cœur, de l’intelligence,

De la sensibilité. Elle est vérité directe, franche, absolue.

C’est à ta volonté de commander à tes faiblesses

Sois la parcelle divine qui recrée et transforme

Qui sème l’émotion dans le cœur du pèlerin de l’âme ! »

15 novembre 2019, en hommage à W-A. Mozart, à  Lucas Debargue

  

   

7. LES MOMENTS HEUREUX DE LA VIE

Ainsi œuvre en nous l’existence

Se retrouver réunis tous ensembles

Dans les lieux qui nous ont choisis

Avec ce qui nous unit et nous dissocie.

En toute liberté, en toute franchise

Nous voilà invités à mettre en valeur

Gracieusement ce qui nous tient à cœur.

Nous nous offrons l’un et l’autre

Une forme intime de bienveillance.

Qui nous côtoie ne se sent pas en danger

Au contraire, il peut prendre place près de nous

Et comprendre un peu mieux ce qu’il vit

Et à quoi contribue les efforts qu’il a engagés

Et où l’ont conduit les choix qu’il s’est donnés.

Ce que nous voulons te proposer aujourd’hui

C’est découvrir en toi ce que tu as de plus précieux

Ce qui te permet d’aller au-delà de tes certitudes

En faisant l’expérience de ta propre condition.

Nous t’invitons tout en douceur à te dépasser

A reconnaître en toute bonne foi ce qui t’unit à ton destin

Et comment se formulent tes pensées.

Tu n’as pas à aller chercher au fin fonds de ta mémoire

Les moments heureux de ta vie

Puisque dans le si tendre silence de ton âme

Se prépare à chaque instant la reconnaissance

De ce qui te relie au vaste Tout !

Parole d’Alchémille des Alpes 14 novembre 2019

 

 

6. SOIS  PRÊT A  T’ELANCER

Les endroits délaissés, pierriers, murs, décombres  sont mes lieux de prédilection.

En toute modestie, ma présence leur redonne vie et confiance en l’existence

En évoquant les possibilités de s’épanouir avec les moyens du bord…

Ensemble nous définissons dans le jeu des proportions et des harmonies

La part essentielle de liberté de chacun.

Je défends ma foi en la matière, reconnaissant en elle l’édifice en devenir

Lorsque ce qui est peine ébauché n’a pas su encore révéler ses talents.

Ma nature exprime une forme de tempérance qui trouve son équilibre

Entre le souffle du chaud et du froid, entre part de rêve et vérité lucide.

Lorsque je lève les yeux au ciel, ce n’est jamais pour invoquer la fatalité

Mais bien plutôt pour trouver dans l’espace de nouvelles facultés

Qui me permettraient de mieux communiquer avec mon entourage.

Cette habitude m’octroie la capacité de m’adapter à toutes situations

Aussi imprévisibles, improbables et loufoques soient-elles,

Avec une ardeur déconcertante qui stimule la pertinence, le courage et la détermination.

Fidèle ami dans les coups durs, je ne baisse pas les bras devant les échecs et les efforts.

Mon regard bienveillant saisit en un coup d’œil ce qui manque et ce qui chagrine.

Si bien que l’âme meurtrie par les tourments trouve en moi réconfort et apaisement.

Et même si, par modestie je garde le silence, mes pensées n’en sont pas moins chaleureuses.

Aussi clame-je haut et fort : ‘Sois prêt à t’élancer, sans craindre ni le vide, ni l’abîme !

Laisse derrière toi ce qui t’encombre et ralentit ton pas.

Car c’est chaque matin que tu es invité en ton nom à combler les attentes de la beauté !’

 

Parole de Géranium Herbe à Robert, 13 novembre 2019

 

 5. QUE DEMANDER DE PLUS ?

Maintenant que tout est oublié, il te reste cette curieuse nostalgie,

L’allure modeste d’un caractère humble et appliqué.

Tout en faisant confiance à ta bonne étoile

Tu as perdu peu à peu le côté mystique de tes engagements

Dans ce qui a fini par devenir la routine de tous les jours.

Malgré tout, ta volonté est demeurée intacte, mue par cet espoir

D’un lointain paradis accroché à ton enfance

Quand la vie s’écoulait sans horaire ni but précis

Et que rien ne venait troubler le parfum de l’enchantement.

Et maintenant que te voilà face à tes responsabilités

As-tu réellement une meilleure compréhension de toi ?

Su garder la capacité de te soumettre à ce qui te dépasse ?

Conserver ton estime à celui qui t’as montré le chemin ?

Ou cherches-tu encore à effacer ce souvenir trop douloureux…

Dans cette forme nouvelle où tu te trouves

Ta vie deviendra encore plus belle,

Lorsque tu sauras trouver ta récompense

Dans la reconnaissance d’un simple regard,
Dans l’expression du visage de celui que tu as rendu heureux,

Dans le reflet de ses prunelles où  se niche la valeur

De tout ce qui t’as mobilisé.

Ta fidélité rassurante équivaut au plus précieux des trésors.

 

Parole de Bourse-à-pasteur, 12 Novembre 2019

 

4. A  CONTEMPLER  L’ESPOIR

 Saurais-tu proclamer en une seule parole

Ce qui donne à ta vie sa pleine saveur ?

Et offrir à ta pensée une imagination si fertile

Qu’elle serait capable d’ensemencer la terre

De champs fleuris jusqu’aux confins des horizons ?

Saurais-tu te saisir de cette aubaine insensée

Qui te mettrait à portée de mains le ciel étoilé

En considérant ton appartenance à la Terre

Comme la plus noble des faveurs ?

Si je viens à toi pour me relier à tes origines,

Te conduisant de la terre au ciel et du ciel à la terre

Saurais-tu reconnaître les moments où tu étais proche de toi

Et les distinguer de ceux durant lesquels ton égarement

T’a fait perdre ta route et ta foi ?

Si tu viens à moi, je saurai dissiper tes doutes,

Donner un sens à ta quête, libérer ta grandeur d’âme.

Je saurai te faire accepter tes fragilités

Comprendre que personne ne te veut du mal

Ici-bas.

Tu seras toujours le bienvenu auprès de moi.

Car chacune de tes cellules porte en elle la gloire

Du Monde !

Sache t’unir à chaque instant au Projet qui a été conçu pour toi,

Veiller dans ta chair au Plan de réalisation de ton Être

A la constance de cet art qui ne cesse de te purifier.

Sache quitter sans regret ce qui t’abandonne

Afin que ton cœur s’enveloppe d’une joie mesurée

En accordant à ta voix le son calme de la sérénité.

 

Parole de Figuier, St Martin, 11 novembre 2019  

 

3. COMME UN PREMIER MATIN

Tout ce que la Vie nous donne à partager avec elle

Obéit à une Intention, sans laquelle rien ne pourrait avoir lieu.

Dissociés les uns des autres, les événements n'ont aucune signification.

Ils ne sont que fragments d'un ensemble perdu dans la griserie

De son immensité.

 

Mais, me voici, Olivier, symbole de terre promise, de réconciliation,

De confiance retrouvée, de nouvelles espérances …

De pureté et d'alliance dans ce qui définit notre commune volonté

D’accueillir le bien.

Lumineux dans la scintillance du premier matin,

Du jour qui ne connaît pas de déclin,

Ma flamme ne s'éteint jamais, puisqu'alimentée par le feu sacré

De la Pensée divine !

Quand les mots eux-mêmes ne seront plus accessibles à la raison

Une source vive  jaillira des entrailles de la terre

Un foyer chaleureux nous transcrira les mystères

Que nos sens éphémères ne peuvent plus comprendre.

Qu’aurais-je à faire de vous, lorsqu’ ayant goûté à l’amertume

Le temps écoulé vous aura englouti dans vos infortunes ?

J'annoncerai à tous ceux qui seront restés debout

Qu’ils n’auront plus à se perdre dans d’épuisants labeurs

Ni à s’évader dans d’improbables destinées.

Ils pourront demeurer au centre de leur tâche.

Leurs vœux seront exaucés et leurs heures emplies de gratitude

Dans ce qui les relie en permanence aux souvenirs de l’éternité.

Dans le jardin de mes rêves se rencontrent tous ceux

Qui portent avec eux la fraternité de la création.

Ainsi, aussi vieux que je vivrai, depuis le jour de ma naissance

Je resterai dans le cœur de vous tous le témoin d'un héritage céleste

Jusqu’au moment où la nuit bienveillante vous aura restaurés

Dans sa Paix.

 

Bioley-Orjulaz, le 8 novembre 2019 

 

 

2. UNE FRAGILE TRANSPARENCE

Le désir, lui, n’a pas saisi le moment où cela a commencé. Mais à ce stade, l’on ne s’attarde pas trop. Il n’a pas encore été attisé, les mots ne se sont pas encore incrustés dans notre chair.

Savoir que chacun d’eux possède une part de ce qui m’habite me rassure. Les laisser entrer, couler à l’intérieur de moi me lie à leur chaleur, leur conviction, ce pourquoi ils ont été créés.

Ils se donnent toutes les chances en m’apportant l’ardeur que j’aimerais donner à ma propre vie.

Il me suffit de les rendre présents à leur essence, à leur désir de témoigner, et qu’ils n’aient pas à se justifier d’apparaître au grand jour.

Il me suffit de faire naître dans leur substance les réponses que j’attends.

L’important c’est de les laisser faire. Parce qu’eux, ce qu’ils souhaitent, c’est d’aller jusque-là où l’on n’a jamais osé s’aventurer. Qu’ils nous emmènent vers ce que nous avons  toujours refusé de regarder en face, parce que le courage nous a manqué de sortir de l’ordinaire.

Ils aimeraient maintenant ne s’adresser rien qu’à nous dans cette intimité qui leur a été dévolue.

Se sentir liés par ce qui nous a engendrés l’un et l’autre, depuis le tout début, tout à l’origine, dans le Verbe divin, quand rien n’existait encore, seulement l’imperceptible frissonnement de ce qui allait naître.

Avec les mots d’amour, ils prennent leurs précautions. Ils craignent de les enfermer, de les restreindre, de les obliger, de les enchaîner. Alors ils nous emmènent vers l’eau, les rives du lac, la colline d’en face où la vue ne rencontre pas d’obstacle et ils se sentent bien avec nous pour faire nos promesses à l’univers.

La confiance est là, on n’a plus envie de leur échapper comme toute à l’heure, lorsque qu’un souffle d’air a accompagné le battement de la porte.

Il faut les remercier, leur dire comme on tient à eux. Et qu’ils font vibrer tout ce qui vit comme la douce caresse d’une main effleurant la peau.

Que dans leur son ils puissent reconnaître leur valeur et le monde qui les a enfantés.

Et qu’à travers nous, ils se sentent précieux, libres de retourner au grand Tout !

Et quand nous aura nourris ce que nous avons vécu ensemble, nous n’aurons plus à revendiquer notre place dans le monde.

Chacun de nous apportera avec lui sa plénitude.

Et comme ce qui nous séparait nous a permis de mieux nous apprivoiser nous serons ravis de partager notre trésor.

Même si nous ne saurons jamais ce qu’ils ont retenu de nous. Cela restera leur grand Secret !

Aujourd’hui, le miracle a eu lieu, le travail est déjà à l’œuvre et la transformation a commencé à l’approche de cet Inconnu. Dans la pleine conscience de l’Instant, dans les vastes pensées où tout se rejoint…

Dans l’accueil de tout ce que l’on apporte, de tout ce que l’on reçoit. Parce que le tri, le choix de l’essentiel s’est déjà fait. Et c’est maintenant que l’on se sent léger pour avancer. 

Emerveillé par tous ces risques que l’on a pris, dans cette transparence fragile qui laisse passer la lumière !

 

Bioley-Orjulaz, le 7 novembre 2019

 

1. LES  MOTS  QUI  DANSENT DANS LA PLUIE

Les mots sont plein de curiosité, veulent connaître les moindres détails de l’histoire à laquelle ils participent, même si, comme maintenant leur incursion dans cet au-delà les intimide.

Aucune effraction ni intrusion dans leur propos. Devant une porte laissée ouverte, on se sent le droit d’approcher pour voir ce qu’il y a à l’intérieur.

C’est ce qu’ils se sont dit: marcher à pas feutrés, chasser l’inquiétude, faire en sorte de ne rien déranger. Voilà ce qu’ils font.

Au début, c’est encore un peu la pénombre. Le regard n’est pas trop sûr de ce qu’il voit. On devine les contours d’abord, puis les formes et enfin les couleurs, quand la lumière est vraiment entrée dans la pièce. On se demande alors si tout est bien réel, si on n’est pas encore en train de rêver et si c’est bien notre vie qui a accumulé tout cela ici. Tout peut encore changer, jusqu’à la pleine clarté. Alors seulement le doute disparaît, et l’on se sent exister pour de vrai. Être bien vivant !

Souvent, les mots nous trouvent dans une sorte d’hébétude et ils nous laissent dans le vague.

Ou alors, ils nous entraînent dans un lieu précis qui remonte dans nos souvenirs, dans ses moindres détails, jusqu’à l’odeur de la rosée dans le petit matin et de la première abeille qui a fait se pencher la fleur visitée.

Ils nous donnent l’accès, le droit de ressusciter le passé. C’est avec eux qu’on y va.

Il faut juste laisser venir le bon moment pour oser ce face à face. Parfois il faut aussi trouver le ton juste pour ne pas les laisser aller trop loin en avant, nous distancer, franchir des seuils sans nous.

 

Les laisser intervenir dans votre existence n’est pas anodin. Cela ne permet pas de rester à mi-chemin. Cela demande de garder tous ses sens en éveil, dans cette acuité qui va directement au cœur des choses       

(à suivre).

 

Bioley-Orjulaz, le 6 novembre 2019