Bioley-Orjulaz, 4 février 2026. — © Christophe Chammartin / Le Temps
Christophe Perret-Gentil
Le messager des plantes
Fondateur de l’Herboristerie Ariès, installée à Bioley-Orjulaz dans le Gros-de-Vaud, le septuagénaire a appris, au fil du temps, à «décoder le message des plantes». Son entreprise les retranscrit, le plus fidèlement possible, au travers de ses produits.
GRÉGOIRE BAUR
Christophe Perret-Gentil (à dr.), le fondateur de l’Herboristerie Ariès, et Patrice Müller, le directeur. Bioley-Orjulaz, 4 février 2026. — © Christophe Chammartin / Le Temps
PROFIL
1979 Naissance de l’Herboristerie Ariès, le 21 mars, à l’équinoxe de printemps.
1988 L’herboristerie devient une société anonyme.
1995 Achat de la ferme dans laquelle se trouve aujourd’hui l’herboristerie, à Bioley-Orjulaz, dans le Gros-de-Vaud.
2008 Réunion, sous un même toit, de toutes les activités de l’herboristerie.
2026 L’Herboristerie Ariès se prépare au départ de son fondateur.
Extraits de l'article:
Une morsure et une dose de hasard
Christophe Perret-Gentil est un amoureux de la nature depuis son plus jeune âge. Ses longues promenades en famille lui ouvrent les yeux et l’émerveillent devant «un paysage plus humain que celui d’aujourd’hui». Notamment durant les vacances en Valais, passées à randonner par monts et par vaux. «La montagne m’a permis de comprendre qu’on est un petit élément d’un vaste ensemble», glisse-t-il. Le jour de ses 10 ans intervient le premier déclic. Sa grandmère lui offre un livre sur les rapaces de l’ornithologue Paul Géroudet. «J’ai compris que je devais apprendre quelque chose de ces maîtres du ciel», indique-t-il, en sortant l’ouvrage de la bibliothèque derrière lui. Plus de six décennies plus tard, l’ouvrage contient toujours la lettre manuscrite de son aïeule.
Capter et diffuser le message des plantes
Au fil des ans et des visites, le naturaliste a appris à «décoder le message des plantes». Et ce sont ces messages que veut retranscrire, le plus loyalement possible, l’Herboristerie Ariès au travers de ses produits. «Chaque plante est là pour réparer et ramener un équilibre dans le sol, assure Christophe Perret-Gentil. L’ortie, par exemple, pousse à des endroits où une problématique nécessite un certain temps pour se voir résolue. D’où les poils urticants: «Ne m’approchez pas tant que je n’ai pas fini mon travail! » Si notre organisme peut être considéré lui aussi comme un paysage, la plante peut venir lui transmettre ce qu’elle a «appris» dans le lieu qui l’a accueillie.» Il laisse un blanc. Puis ajoute, dans un sourire: «On n’est pas forcément obligé de croire à tout cela pour apprécier nos infusions.»
Et l'avenir?
A 74 ans, Christophe Perret-Gentil va définitivement transmettre, dans les mois qui viennent, les rênes de
son entreprise à Patrice Müller, qui l’a rejoint en 2020, avant de prendre la direction de l’herboristerie
trois ans plus tard. Sa vision est claire: honorer l’héritage de son prédécesseur, en continuant la mission
consistant à diffuser le message des plantes. Mais n’a-t-il pas peur d’être pris pour un fou? «En fonction du chemin de chacun, je comprends qu’on puisse nous prendre pour des gens perchés. Mais on peut aussi
nous voir comme des avant-gardistes. Je préfère cette seconde hypothèse», sourit Patrice Müller.
Pour le directeur, ces pratiques existaient déjà il y a plusieurs siècles, à l’époque des sorcières. «Il y avait une forme de magie qui reposait sur l’intuition et l’observation. Puis, avec le temps, à l’intuitif, la société a privilégié une approche plus rationnelle et scientifique », rappelle Patrice Müller, lui-même issu du monde scientifique. Citant Rabelais, qui disait que «Science sans conscience n’est que ruine de l’âme», il précise que l’Herboristerie Ariès privilégie une relation intuitive avec le végétal, sans pour autant ignorer les avancées de la science. «Nous ne prétendons pas détenir la vérité. Mais nous choisissons d’explorer l’invisible, cette part du vivant qui ne se laisse pas entièrement saisir par l’intellect et qui requiert une qualité de présence à soi.»
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